Les dits du magoua




Mardi 06 septembre 2005

Déménagement

Mon fournisseur de service étant ce qu'il est, et surtout ce qu'il n'est pas, je déménage donc dans l'empire google à cette adresse : http://magoua.blogspot.com/

Ajustez donc en conséquence vos signets, marque-pages, fils, montres et horloges.



Mercredi 24 août 2005

47 ans...

...aujourd'hui.

 

Et je me souhaite:

 

D'arrêter de fumer

Plus de travail cet hiver

De perdre 20 livres

D'en lire plus

Un bel automne doux

Un hiver de neige

Un printemps hâtif

Un voyage l'été prochain

De ne plus m'arracher l'ongle du gros orteil en sortant le bac à vidanges

De plus me faire voler par mon voisin

D'écrire au moins deux chapitres de doc

D'aller un jour à un Yul blog

De reprendre mon permis de conduire (Gare à vous !)

De voir plus souvent mes amis

De m'en faire de nouveaux.

 

Et, dans le fond, de toujours continuer à aimer la vie.

 

Le reste vient avec.

 



Mardi 23 août 2005

L'atelier du roman

Note: ce texte est daté du 20 août, ma clef usb ayant rendu l'âme.

 

Le temps est frais, le ciel gris et le trafic augmente à Sherbrooke. Tout concorde vers la rentrée. Remis le pieds hier à l’université pour la première fois depuis un mois et là aussi, on commence à s’activer. Deux cours cette session dont un que je donne pour la dernière fois. Va falloir me réorienter cet hiver. J’ai eu au moins le plaisir d’apprendre que mon mémoire de maîtrise est lu par les collègues profs qui en aiment bien la rédaction. On cherche un éditeur…

 

***

 

Mon excursion à l’université m’a permis au moins de mettre la main sur le dernier numéro de la revue l’Atelier du roman, que je connaissais de réputation sans l’avoir lue. Fait rare, cette revue littéraire  très parisienne est maintenant éditée à Montréal. Et, fait plus rare pour une revue littéraire, elle est écrite par surtout des écrivains, illustrée par le génial Sempé et, mieux encore, donne le goût de lire. Pour une première découverte, ce numéro était prometteur : une série de textes sous le thème industrie culturelle ou création. Cela promet et cela tient ses promesses

 

On le devine, les points de vues sont nombreux sur cette question. Cela va du mépris et du refus de l’industrie à la recherche du silence pour sortir du bruit de fond des industries culturelles. D’autres points de vues sont fatalistes Jacques Godbout craint que les romanciers ne soient plus lus que par leurs collègues comme les poètes le sont aujourd’hui ce qui serait, la fin de la culture humaniste et le début de l’ère technicienne. Il prend en exemple le sabordement de la chaîne culturelle de Radio-Canada incapable de trouver son public au profit d’une radio musicale qui en a trouvé un plus vaste. Il n’a pas tout à fait tort d’ailleurs, combien de fois ais-je pesté contre le ton volontairement hautain et snob de Jean Larose qui y rendait inécoutable son émission littéraire. On peut certes dénoncer la culture du pauvre mais on ne doit pas oublier qu’une radio, par définition, ne s’adresse pas qu’au seuls invités d’une émission. Et que ce n’est pas s’abaisser que de parler pour être compris.

 

Dans ce numéro, je ferais bien mienne la  contribution de Benoît Duteurtre qui ramène la chose à cette vieille dichotomie entre la culture d’élite et la culture de masse. Après avoir rappelé que des œuvres savantes savent trouver leur public (Mozart, Molière, Balzac), il trouve délicat de juger entre l’industrie culturelle brutale et la culture subventionnée, la première ne connaissant que la rentabilité et la deuxième devenant un refuge de coteries qui ignorent superbement les goûts du public. Il ajoute : «comme romancier je crois à mon rôle de ‘divertisseur’. Je n’ai aucun goût pour l’exploration solitaire de syntaxes nouvelles, dans une tour d’ivoire protégée des industries culturelles.» Il rejoint en cela ma vision de ce que doit faire un géographe universitaire : comprendre et faire comprendre.

 

Dans ce numéro, l’académicien Michel Déon termine sa contribution sur ces phrases d’épouvante : «Trouvant un terrain propice dans l’inculture générale née de la faillite quasi-totale de l’enseignement occidental, la culture d’état façonne lentement un monde à la pensée mécanisée. Privé de ses racines linguistiques, réduit le plus souvent à un parler frisant l’onomatopée, l’Homme est la proie facile d’un État-Moloch,. Autrefois les civilisations se savaient mortelles, maintenant elles collaborent à leur propre mort

Inquiétant oui, mais, bon, disons que l’annonce du décès de la civilisation occidentale est un peu prématurée.

Comme parfois hélas! sa prétention à en être une.

 

Pour ma part, je m'appliquerai cet automne à faire mentir le verdict de Déon sur l'éducation.

Ce n'est pas gagné d'avance.



Jeudi 18 août 2005

Bon débarras !

De retour après une belle vacance bloggueste où je me suis rendu compte que j’ai de très bonnes aptitudes à ne rien faire. On a pas manqué grand-chose coté médiatique, un vaste débat avorté des jeunes libéraux sur le vêtement des ados dans les écoles, une pseudo controverse inutile sur la nomination de la non moins inutile gouvernante générale. J’ai particulièrement savouré l’intervention de l’ex député bloquiste maintenant ministre fédéral Jean Lapierre sommant les souverainistes de s’excuser et de voler au secours des institutions monarchiques.  Et après on se demande pourquoi les gens se désintéressent de la politique.

 

***

 

 Pendant que chez Embruns et ailleurs on s’intéresse aux français qui s’expatrient hors de la trop vieille Europe, voilà qu’un ami (merci Gérald) attire mon attention sur un site consacré aux futurs expatriés québécois.  On trouve un peu de tout sur Quitter le Québec. Le ton est souvent très Fillionnesque ( ou Ixien ) on y dénonce en vrac la république socialiste du Québec, les syndicats, les artistes subventionnés de la clique du Plateau, les impôts, les taxes, le PQ, les référendums, nos routes dignes du tiers-monde (allez donc voir l’état des routes en Afrique…) bref il s’agit de quitter l’enfer socialiste québécois pour les verts pâturages albertains ou américains.

 

Le trop sédentaire géographe que je suis comprend tout à fait qu’on veuille bouger pour le plaisir de la chose. Je comprends aussi la frustration de ces jeunes qui se sentent brimés par l’omniprésence des lyriques. Je comprends aussi qu’on préfère un emploi à 25 $ de l’heure à Fort Mc Murray quand on en a au mieux 12 $ dans une shop de la Beauce. Que l’on quitte le Québec pour voir ailleurs n’est d’ailleurs pas nouveau, il y a à peu près un million de compatriotes qui sont allés travailler dans les usines de la Nouvelle-Angleterre plutôt que de survivre sur les terres de roches des zones de colonisation du 19e siècle, pendant que les plaines de l’Ouest nous ont été fermées.

 

J’ai une cousine qui habite Fort McMurray depuis 25 ans. Tous ses enfants sont revenus au Québec et elle attend la retraite de son mari pour y revenir. Ayant été malade, elle nous envie nos mauvais hôpitaux supérieurs, paraît-il, à ceux du paradis albertain. Profitez bien de votre emploi à 25$ de l’heure puisqu’une simple chambre y coûte 800$ par mois, dépôt de 1000$ non compris. Et je ne vous parle pas de ma tante de Los Angeles toujours heureuse de revenir à la civilisation à chacun de ses passages à Montréal ou à Québec.

 

Je suis loin de dire ou de penser que le Québec est un paradis. Paris ou New York rendent Montréal très provinciale. Il fait plus chaud en Californie ou en Floride. On peut sincèrement aimer les Etats-Unis même. Et il y a aussi ce lointain ancêtre Mathurin qui, en 1659, en a eu marre de la France et de Poitiers. Je quitterai peut-être aussi Sherbrooke un jour comme j’ai quitté Montréal il y a 25 ans. Tout simplement pour être mieux ailleurs.

 

Je ne sens toutefois pas le besoin de cracher stupidement dans la soupe avant de partir. Et à lire les arguments démagogiques des ixiens je ne peux pas faire autrement que dire bon débarras, ça fera moins de votes à Mario Dumont.



Lundi 08 août 2005

Petit voyage

Quand les Montréalais prennent des vacances, ils envahissent l'Estrie. Quand les estriens veulent changer de décor, ils envahissent Montréal. Ce que je fais cette semaine. Alors pas sûr que je blogue cette semaine... ils ont internet là bas ?


Vendredi 05 août 2005

De Brinck et de doc

Pas grand chose à dire de ce temps, sinon que je me plonge en lectures diverses, pigrassant dans Vialatte et l’histoire régionale. Je ne me résous pas à attaquer Les sources du moi de Charles (Chuck) Taylor dont parlait l’excellent Serge Bouchard à la radio. C’est de la grosse philo et peut être un peu lourd comme lecture estivale. Mais cela promet.

 

***

 

J’ai quand même farfouillé beaucoup dans mes bouquins de géo puisque j’ai rédigé hier une première ébauche de projet de doctorat. Titre provisoire : La construction d’un paysage anglo-québécois : le cas des Cantons de l’Est. Il y a encore loin de la coupe aux lèvres, mais suis assez content de ce premier jet qui pourrait m’occuper ces prochaines années.

 

***

 

Cela m’a permis de relire l’excellent John Brinckerhoff Jackson, sans doute le meilleur lecteur des paysages américains. C’est un essayiste agréable à lire, excellent observateur et en plus très loin des constructions abstruses des universitaires qui sévissent en ce domaine. Il est assez peu connu dans le monde francophone mais légendaire chez les anglo-saxons. Un curieux personnage, homme de terrain d’abord et de réflexion ensuite. Il a été un des premiers à s’intéresser aux paysages ordinaires, aux maisons mobiles, roulottes, centres d’achats et rues commerciales ordinairement négligés par les nombreux bien pensants patrimonieux.

 

Pour lui, le paysage sert d’abord aux humains qui l’habitent et il en exprime les valeurs et leur évolution. Il est à son meilleur dans la description des milliers de petites villes ordinaires des USA telles qu’on les voit en auto. Un de ses meilleurs textes, The Stranger Path, raconte simplement le trajet que fait un étranger qui arrive dans une ville, ce qu’il voit et comment, en devenant résident, la relation de l’étranger au paysage et à la ville va évoluer.

 

 

John Brinckerhoff (Brink) Jackson, peu avant sa mort en 1996

 

Dans un de ses plus beaux textes, To pity the plumage and forget the dying bird, écrit au moment des émeutes raciales des années 1960, Jackson donne une belle leçon d’humanisme aux embellisseurs : la laideur  d’un lieu n’est pas qu’une affaire de goût mais de moyens. On peut détester la tôle et tous les matériaux cheap qui envahissent les villes et les campagnes ; mais on doit aussi comprendre qu’ils sont une affaire d’économie et de manque de moyens. D’éducation aussi. Et encore, à voir les superbungalows roses qui envahissent les banlieues chics, pas sûr que les riches aient tant de goût.

 

La grande leçon de Jackson est d’étudier les paysages pour ce qu’ils sont et non pour ce qu’ils devraient être. De le faire du point de vue de ceux qui les habitent. Sans prétention autre que d’être un éternel touriste sur la planète. Et de le faire en écrivant des textes simples, discrètement fouillés mais accessibles au grand public.

 

Je me souhaite de faire un doc selon ce modèle.

 

Note : On a commencé à traduire l’œuvre de Jackson en français chez Actes Sud et aux Éditions du Linteau comme je le découvre dans l’excellent blogue de Marc Chartier.  

 



Dimanche 31 juillet 2005

Générations

Je viens de terminer La génération lyrique de François Ricard. Quoique datant de 1992, ce portrait de la première fournée des baby boomers est fortement jouissif et toujours pertinent. On le sait, cette génération est responsable de tous les maux de la planète et du Québec contemporain. Le portrait qu’en trace Ricard est ma foi assez accablant d’ailleurs. Mais de mon point de vue, il a au moins l’avantage de nuancer cette entité polymorphe qu’est la génération du baby boom. Son essai porte en effet sur les premiers nés de cette génération, disons ceux qui sont nés entre la fin de la guerre et le début des années cinquante, la génération lyrique, alors que le baby boom se termine dix ans plus tard. Ma génération.

 

Étant baby boomer de la deuxième période je constate, comme Ricard, que  ma cohorte de boomer a eu surtout les inconvénients du nombre, alors que les lyriques en ont eu tous les avantages. Par exemple, alors qu’ils ont été formés sous le régime adouci des collèges classiques, ma génération a plutôt subi toutes leurs innovations pédagogiques à la noix, par les profs inexpérimentés qu’ils étaient. Vive les réglettes, le programme-cadre, le sablier et les polyvalentes en briques brunes.

 

Pour ne prendre qu’un exemple, je me souviens qu’au premier cours de Roman que j’aie eu au cégep, la prof, fraîchement sortie de l’université, avait eu la mauvaise idée de commencer son cours par l’étude du dogme officiel de la CEQ du temps qu’était le manifeste L’école au service de la classe dominante, que nous devions lire et discuter au cours suivant. Pas besoin de dire que la prose marxiste de l’époque  n’a pas soulevé l’enthousiasme des larges masses étudiantes, qui ne l’avaient pas lu en général, et que le vaste débat qui devait suivre a tourné court. J’avoue avoir saboté gentiment  la chose en lui demandant ce que ce texte avait de littéraire. Et là-dessus, je n’ai jamais remis les pieds à son cours. Le président d’association étudiante que j’étais en avait assez à s’occuper des manœuvres des sectes marxisto-lyriques (ses collègues de cellule ?) qui pullulaient à l’époque. N’ayant jamais remis un travail, j’ai quand même eu 13 pour mon cours. Pour participation aux discussions ?

 

***

 

Une des grandes richesses du texte de Ricard est de ne pas tomber dans le piège de l’anti-boomerisme primaire, ce fond de commerce des démagogues de droite comme Filion ou des opportunistes de gauche branchouille à la Martineau. Il écrit un portait ironique et précis, pas un portrait charge. Sa critique de la télévision fait plaisir au téléphobe mécréant que je suis.

 

***

 

Il faudrait bien trouver un nom pour ma génération qu’a fait déchanter les lyriques. Puisque nous avons été les sujets de leur prise de pouvoir, dans leurs institutions; qu’ils ont eu les emplois, nous leurs premiers programmes de gestion de la main d’oeuvre et que nous allons hériter de leurs idées sur le vieilissement de la population,  un qualificatif me vient à l’esprit.

 

La génération cobaye.



Samedi 30 juillet 2005

L'autre versant

Le matin, il y a du brouillard. Les grillons chantent (ou stridulent, vérification faite). On endure une laine, le soir.

Nous voilà dans l'autre versant de l'été.



Mercredi 27 juillet 2005

Partir ?

Cela se confirme de plus en plus, je devrai quitter l’appart et mon beau jardin d’ici l’an prochain. L’immeuble où j’habite est à vendre et une acheteuse potentielle est tombée en amour avec le coin et mon appart : elle a même mesuré les pièces, c’est dire. Elle va y héberger aussi sa mère jardineuse, au moins pas de friche en vue. Donc nouvel appart à trouver d’ici juillet.

 

Discutant plus tard avec mon ami poète, témoin de la chose, il me parle d’un texte que lui a commandé une revue sur le thème des lieux abandonnés. Il y écrit que ce sont souvent les lieux qui nous abandonnent. Et il a bien raison.

 

J’habite Sherbrooke depuis 25 ans, j’y ai été heureux et c’est une belle ville. Mais maintenant coté boulot ça n’est pas évident : moitié moins de cours à donner l’an prochain, pas assez pour vivre. L’ambiance départementale me devient étrangère, la ville aussi un peu.

 

L’ami me suggère un doctorat possible ailleurs, dans une autre ville, où la géographie se maintient. J’ai une idée de sujet et il y a là un prof dans mon champ de recherches. Plus j’y jongle et plus ça me tente.

 

Plus rien ne m’attache à Sherbrooke, à part une maigre tâche d’enseignement que je peux faire en voyageant.

 

C’est vrai que les lieux nous abandonnent parfois.



Lundi 25 juillet 2005

de la visite

L'ami poète est dans le coin, alors forcément, le réel est meilleur que le virtuel... de retour bientôt.


Mardi 19 juillet 2005

Confort intellectuel

Terminé ce matin Le confort intellectuel de Marcel Aymé, un auteur que je connaissais peu et chaudement recommandé par Duteurtre ou Muray. Il y a là, en effet, une parenté de vue sur la littérature pour la beauté de la chose de l’écriture. Un refus aussi de l’art pour l’art, ce grand mythe romantique qui a pourri la bourgeoisie française selon un de protagonistes de ce dialogue.

 

On a beaucoup oublié la littérature française de cette époque à part Céline et Giono, Sartre peut-être, et encore, il me semble plus cité que lu. Peut-on être plus mort que Mauriac, Montherlant, Gide ou Valéry ? Quoiqu’il en soit, ce dialogue sur la littérature qu’est Le confort intellectuel est encore actuel. Le narrateur fait un triste constat de la littérature de son temps. Dans la France de l’époque, on lisait des journaux, l’almanach, des romans de genre ou de gare. La situation doit simplement être pire aujourd’hui avec la télé, internet qui ont grugé du temps de loisir. Je ne sais si c’est une boutade mais j’ai souvent lu que la littérature en 1950 ou en 2005, c’est l’affaire 3000 personnes en France. Ce qui correspond au tirage moyen d’un roman là bas. En poésie, la normale est de 500 exemplaires.

 

Qu’en est-il au Québec ? Mon ami poète tire à 500 ce qui serait la norme au Québec en poésie. Un roman ? 2000, 3000 exemplaires ? Là-dessus combien de ventes ? Combien d’écrivains qui vivent de leur plume ? Une dizaine ? Et le milieu littéraire ? 2000 personnes ? Surtout des universitaires des profs de français du collégial, des journalistes, des écrivains, peut-être même quelques lecteurs.

 

Va sans dire que ces chiffres ne sont qu’une impression, disons informée, du dilettante littéraire que je suis. Mais dans le fond, il y a combien de romans ou d’auteurs que je ne connais que par les comptes-rendus du Devoir ou une entrevue chez Bazzo ? Ensuite, on oublie de lire, on se souvient vaguement du nom pour ne pas avoir l’air épais dans une soirée dans le milieu. Aymé est assez féroce et lucide là-dessus dans son livre. La littérature devient alors une sorte de bijou intellectuel qui permet de briller dans les salons parisiens ou les bars du plateau. Il a raison, je pense. Par exemple, je connais assez Marie-Claire Blais et ses livres pour en parler mais elle n’est qu’une de ces milliers d’auteurs que je n’ai pas lu ou presque, m’étant fortement ennuyé au bout de 15 pages de David Sterne. Ce n’est pas un jugement critique, c’était il y a 15 ans, peut-être que j’aimerais plus maintenant. Et pourtant, il me semble que je la connais assez pour l’avoir entendue en entrevue ou avoir lu à son sujet. Je reste donc un lecteur très superficiel même si j’ai lu beaucoup plus que la moyenne.

 

Cette idée d’élite littéraire est d’ailleurs relative. Cela me rappelle une anecdote. Il y 20 ans je faisais bénévolement la couverture en direct du salon du livre local. Quatre jours, quatre heures d’émission par jour avec une équipe de quatre ou cinq joyeux amateurs. Dans le maigre service de presse de la radio communautaire, il y avait les bouquins d’une auteur que je ne connaissais pas qu’on avait programmée. Je lis le gros bouquin, c’est intéressant mais sans plus. Un roman de matante disons. Le lendemain je fais ma première entrevue littéraire en direct à la radio avec Marthe Gagnon-Thibodeau. C’est effectivement une matante charmante l’entrevue se passe bien. Bonsoir et merci.

 

Cette dame a tout de même vendu plusieurs dizaines de milliers d’exemplaires de son roman. Un tirage très élevé au Québec. Un ami, ex roadie de salons du livre me dit qu’elle les fait tous; elle a un cercle de lectrices fidèles. Elle m’avait d’ailleurs dit en entrevue qu’elle écrivait  pour ses chums de femme des romans de littérature populaire. Sans plus de prétention. Une paralittéraire sans doute. Je ne peux, encore là, la juger sur un livre et d’ailleurs le deuxième roman que j’ai lu d’elle m’a tombé des mains.

 

Je ne suis pas assez maître de la langue pour juger quoique ce soit de la qualité des œuvres en cause. Le Francisque Sarcey d’Allais aurait considéré les ventes avant tout dans ce domaine, ce qui impliquerait que Jeannette Bertrand soit de la très grande littérature.  Et qu’avec elle, les recettes de Pinard, la simplicité volontaire sont le fidèle reflet des préoccupations littéraires du québécois standard. Les préceptes moraux de la mère Bertrand remplacée par un mec dans sa cuisine désertée mais naturelle. Manque juste un peu de santé.

 

On n’en est pas là ? Pas sûr. Dans La Presse du dimanche les pages littéraires ont diminué de moitié, celles sur la santé ont doublé.

La littérature n’intéresse pas grand monde vous savez. En tout cas, pas autant que la santé.

 

Deviendrions-nous des barbares ?

Peut-être, mais en santé.  

 



Dimanche 17 juillet 2005

Moite

Aimer faire ce que l’on fait c’est la recette du bonheur de Patrick Norman. Recette populaire que je retrouvais hier chez Vialatte qui plaignait les gens qui ne pensent qu’à la retraite… Je pense que je vais sortir des limbes mon projet de bref traité du paysage québécois pour m’occuper un peu cet été. Du plaisir en vue.

 

***

 

L’air est immobile, il fait une chaleur écrasante, moite, ce genre de journée où les africains vous disent que c’est pire que chez eux. La ville est vide, c’est la première semaine des vacances de la construction. Le Québec des shops est fermé. Les vertueux éditorialistes néo libéraux de La Presse y verront une coûteuse coutume inconnue en Amérique qui diminue notre productivité bla bla bla.

 

Ils ont un mois de vacances, eux.



Samedi 16 juillet 2005

De retour

Me voici de retour sous le noyer, après presque deux semaines de silence. Visite la semaine dernière d’un vieil ami exilé heureux à Rimouski et libations concomitantes, ça ne fait pas avancer le blogue. Ensuite, fin de semaine à Québec pour un tutoral de deux étudiants; visites en ville et séjour chez un autre ami et libations ad hoc. Retour cette semaine avec le même ami et plongées dans les lacs Saint-François et Memphrémagog, libations consécutives. Panne de modem ensuite, mais sans libations, quand même.

 

***

 

Me voilà dans le poste de travail arrière du jardin qui ressemble à cela :

 

 

 

Cela est fort bucolique. À preuve, le voisin joue de la scie mécanique et fend du bois, il y a 25 maringouins autour, bref, on se croirait au fond  d’un rang. J’ai rarement été aussi en vacances. Rilaxe dirait mon oncle Richard. Un picbois gosse le tronc du noyer à la recherche de son souper.

 

***

 

Vu à Québec l’expo Rodin-Claudel au musée devenu national des beaux-arts du Québec. De très belles œuvres, bien présentées; bien aimé la valse de Camille Claudel. L’expo est courue, sans doute à cause du film, même si Adjani n’y est pas. Heureusement il était tôt et nous avons eu les œuvres à nous seuls avant les hordes touristiques. La collection permanente du musée est toujours aussi belle à voir.

 

***

 

Suis à lire un essai de Marcel Aymé sur le confort intellectuel. Mi-figue mi-raisin, c’est un regard ironique sur la littérature et le milieu intellectuel français d’après guerre. Une critique de la perte de sens des mots consécutive à toutes les avant-gardes depuis les romantiques.

 

Je ne résiste pas à en citer un extrait :

 

«Non, voyez-vous, le vrai péril, on ne le répétera jamais assez, est dans la confusion du langage. Quand les mots se mettent à enfler, quand leur sens devient ambigu, incertain et que le vocabulaire se charge de flou, d’obscurité et de néant péremptoire, il n’y a plus de recours pour l’esprit.»

-Marcel Aymé : Le confort intellectuel (1949)

 

Il est écrit sur la bouteille d’eau que je bois : Naya Go, mon partenaire en réhydratation.

 

Néant péremptoire disions-nous ?



Mercredi 06 juillet 2005

Parisian french

Je viens de commencer un premier bouquin de Don Delillo auteur américain qui m’a été chaudement recommandé. Un peu au hasard suis tombé sur une grosse brique : Outremonde. Ça promet. Le prologue se déroule au dernier match de la série mondiale de 1951, Giants de New York contre Dodgers de Brooklyn. S’y mèlent plusieurs protagonistes connus (Frank Sinatra, Jackie Gleason, Edgar Hoover) et d’autres moins connus qu’on retrouvera probablement plus tard et plus loin dans le temps.

 

Juste agacé comme toujours par la traduction parisienne des termes de baseball. La batte, la base, la strike pour un bâton,  un but ou une prise.  Tous ces termes ont été traduits différemment par des francophones qui jouent au baseball depuis cent ans en Amérique. Mais ne peuvent prévaloir que ceux concoctés par d’autres francophones européens qui ne jouent jamais au baseball. Mais parce qu’ils vivent à Paris, ils ont priorité.

 

Au moins, on comprend bien le jeu et mieux le roman de ce fait.

Eux pas. 



Mardi 05 juillet 2005

Hystérie médiatique

La libération de la bonne femme Homulka a donné lieu comme prévu un nouvel accès de niaiseries médiatiques. Tout est parfait pour eux : un crime crapuleux, une coupable sulfureuse et du doute sur sa réhabilitation. J’ai éteint la radio au moment où la reporter faisait un topo sur la couverture médiatique. Quand on a rien à dire un peu d’autopromotion ne nuit jamais. On semblait déçu de l’absence des grands medias américain comme si ce fait divers sordide devait avoir une visibilité mondiale.

 

L’acharnement médiatique me dégoûte de plus en plus. À chaque meurtre on a droit au témoignage des voisins, aux larmes des proches en plus de celles de l’enterrement. Voilà des sujets faciles pour journalistes paresseux. Visez les larmes ça fait de la belle télé. Si un tel malheur arrivait à un proche je ne gênerais pas pour expulser cette bande de vautours maquillés. Le droit du public à l’information protesteraient ils ? C’est pourtant eux qui le vident de sa substance au nom du droit supérieur à la cote d’écoute et aux bénéfices qui vont avec.

 

 A chaque fois cela devient prétexte à plus de flicages. Ici à Sherbrooke, le père d’une victime de crime est même devenu un personnage presque politique qui plaide pour plus de surveillance video dans les rues. Il est même allé jusqu’à songer à se lancer en politique municipale pour sa cause alors que le conseil hésitait à relancer les opérations de vidéosurveillance du centre-ville, vu les avis défavorables des instances de protection de la vie privée. Imaginez le programme. Une caméra sur chacune des rues peut-être ?

 

Il a fini par avoir gain de cause.

 

L’ADQ doit chercher son numéro de téléphone.



Samedi 02 juillet 2005

La faute à pas de chance...

Drôle de journée hier.

 

Tôt le matin, on cogne chez moi. Un type assez en boisson m’explique qu’il connaît le gars qui m’a volé mes choses, un gars du voisinage que je connais aussi. L’ironie, c’est que ce mec venait justement de lui revoler mes trucs et qu’il s’apprêtait à porter plainte à la police. Je pense qu’il s’est rendu compte de l’incongruité de la chose en dessaoulant puisque je n’ai pas eu de nouvelles depuis.

 

Je resterai vague sur les détails. Un bon gars ce voleur mais… il se fixe sur la coke. Coûteux et dangereux. Ajoutez une mère éplorée qui dépend de son fils, la pauvreté, le coté sombre du monde. Sa mère me prête une minichaîne pour me dépanner, elle est bien moins riche que moi. Elle me dit qu’au moins son fils ne partira pas avec.

 

La faute à pas de chance, disait Renaud.

 

Est-ce mon vieux fond catho ? Suis prêt à pardonner.

Surtout si je retrouve mes trucs.

 

***

 

 Et je me suis remis à planter mes fleurs. En retard, à cause de la chaleur,  du cégep et du sprint de dépôt final du mémoire de maîtrise. Si tout va bien, je termine aujourd’hui et le jardin deviendra ce qu’il doit être avant tout : un lieu de repos. Et de lectures.



Vendredi 01 juillet 2005

Merci

 

Aux amis par devers le temps.

 



Jeudi 30 juin 2005

On s'y fait ?

Moi qui écoute toujours de la musique ou la radio en fond sonore ça me fait tout drôle de ne rien entendre faute de machines. Quand même passé une bonne partie de la journée à détester l'humanité, aidé par la lecture de l'Empire du bien de Philippe Muray. Occasion peut-être de redécouvrir le silence, mais j'en doute, il y a des habitudes tellement ancrées...

Ce vol est d'autant plate que je n'ai pas d'assurances et que mes moyens sont rares cet été. J'hésite : acheter un truc cheapo intégré à 200$ ou chercher à trouver en usagé un bon ampli et des boites potables.

Ya des offres ?

 



Mercredi 29 juin 2005

Je déteste l'Humanité

Je dépose enfin mon mémoire. Je fête. Je reviens, je n'ai plus rien pour faire jouer de la musique. Tout a été volé. Je déteste l'humanité. Elle n'existe pas. J'ai été longtemps naïf. Je ne le serai plus.


Mardi 28 juin 2005

La fin de l'ironie ?

 Suis allé saluer en fin de semaine mon vieil ami poète en son studio montréalais. La chaleur accablante nous a fait nous désaltérer plus que de raison, mais la jase n'en fut que plus joyeuse. Il m'a raconté une de ses mésaventures insulaires. À une lecture, il a dédié un poème improvisé à une collègue et amie sous le thème tu t'en vas en France pendant que nous restons pauvres à se les geler. Offuscation générale de l'auditoire, des organisateurs et de la dame qui n'en ont jamais saisi le deuxième degré qu'on a plutôt interprété comme une charge méchante. Désarroi du poète étonné de voir que personne n'a saisi l'ironie affectueuse des propos. On est pourtant dans les sommets du milieu littéraire montréalais. Paraît qu'ils on la peau courte... mais quand même! Serait-ce qu'on enseigne plus l'ironie à l'UQAM ?

Cette triste anecdote, qui finit bien par une explication de texte, montre un des paradoxes de l'époque. Le dire-vrai médiatique, politique ou littéraire en vient à exclure tout discours un tant soit peu complexe où les mots ne peuvent plus être autre chose que leur plat premier degré. Philippe Muray, Lakis Proguidis et tout le groupe autour de la revue l'Atelier du roman ont observé ce phénomène depuis longtemps. Dérive dangereuse d'un temps où le caché, l'obscur n'ont plus droit à l'existence sous les spots du festif obligatoire.

Dans le monde machine que dénonce Muray les mots ne peuvent dire que ce qu'ils sont sans quoi la machine se détraque.

L'ironie ne sied pas au langage C+.


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