Les dits du magoua



Publié le dimanche 31 juillet 2005


Dimanche 31 juillet 2005

Générations

Je viens de terminer La génération lyrique de François Ricard. Quoique datant de 1992, ce portrait de la première fournée des baby boomers est fortement jouissif et toujours pertinent. On le sait, cette génération est responsable de tous les maux de la planète et du Québec contemporain. Le portrait qu’en trace Ricard est ma foi assez accablant d’ailleurs. Mais de mon point de vue, il a au moins l’avantage de nuancer cette entité polymorphe qu’est la génération du baby boom. Son essai porte en effet sur les premiers nés de cette génération, disons ceux qui sont nés entre la fin de la guerre et le début des années cinquante, la génération lyrique, alors que le baby boom se termine dix ans plus tard. Ma génération.

 

Étant baby boomer de la deuxième période je constate, comme Ricard, que  ma cohorte de boomer a eu surtout les inconvénients du nombre, alors que les lyriques en ont eu tous les avantages. Par exemple, alors qu’ils ont été formés sous le régime adouci des collèges classiques, ma génération a plutôt subi toutes leurs innovations pédagogiques à la noix, par les profs inexpérimentés qu’ils étaient. Vive les réglettes, le programme-cadre, le sablier et les polyvalentes en briques brunes.

 

Pour ne prendre qu’un exemple, je me souviens qu’au premier cours de Roman que j’aie eu au cégep, la prof, fraîchement sortie de l’université, avait eu la mauvaise idée de commencer son cours par l’étude du dogme officiel de la CEQ du temps qu’était le manifeste L’école au service de la classe dominante, que nous devions lire et discuter au cours suivant. Pas besoin de dire que la prose marxiste de l’époque  n’a pas soulevé l’enthousiasme des larges masses étudiantes, qui ne l’avaient pas lu en général, et que le vaste débat qui devait suivre a tourné court. J’avoue avoir saboté gentiment  la chose en lui demandant ce que ce texte avait de littéraire. Et là-dessus, je n’ai jamais remis les pieds à son cours. Le président d’association étudiante que j’étais en avait assez à s’occuper des manœuvres des sectes marxisto-lyriques (ses collègues de cellule ?) qui pullulaient à l’époque. N’ayant jamais remis un travail, j’ai quand même eu 13 pour mon cours. Pour participation aux discussions ?

 

***

 

Une des grandes richesses du texte de Ricard est de ne pas tomber dans le piège de l’anti-boomerisme primaire, ce fond de commerce des démagogues de droite comme Filion ou des opportunistes de gauche branchouille à la Martineau. Il écrit un portait ironique et précis, pas un portrait charge. Sa critique de la télévision fait plaisir au téléphobe mécréant que je suis.

 

***

 

Il faudrait bien trouver un nom pour ma génération qu’a fait déchanter les lyriques. Puisque nous avons été les sujets de leur prise de pouvoir, dans leurs institutions; qu’ils ont eu les emplois, nous leurs premiers programmes de gestion de la main d’oeuvre et que nous allons hériter de leurs idées sur le vieilissement de la population,  un qualificatif me vient à l’esprit.

 

La génération cobaye.



2 Commentaires :

Commentaire écrit le mardi 2 août 2005 à 06:45:12 (lien)
Magoua
Ça se soigne ;-) Evidemment faut pas généraliser, d'ailleurs Ricard est né en 1947, il sait de quoi il parle...


Commentaire écrit le dimanche 31 juillet 2005 à 20:04:22 (lien)
Gérald
Eh ben. Je suis lyrique. :-)
Je lirai le bouquin. Moi qui ai tellement aimé éléments, méthode, syntaxe, versification et philo. Ai même fait une année supplémentaire en philo/biologie. Un combo.
Le babyboomering culpabilisé par les biens-pensants branchés me fait doucement sourire.....


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