Les dits du magoua



Publi le vendredi 05 août 2005


Vendredi 05 août 2005

De Brinck et de doc

Pas grand chose à dire de ce temps, sinon que je me plonge en lectures diverses, pigrassant dans Vialatte et l’histoire régionale. Je ne me résous pas à attaquer Les sources du moi de Charles (Chuck) Taylor dont parlait l’excellent Serge Bouchard à la radio. C’est de la grosse philo et peut être un peu lourd comme lecture estivale. Mais cela promet.

 

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J’ai quand même farfouillé beaucoup dans mes bouquins de géo puisque j’ai rédigé hier une première ébauche de projet de doctorat. Titre provisoire : La construction d’un paysage anglo-québécois : le cas des Cantons de l’Est. Il y a encore loin de la coupe aux lèvres, mais suis assez content de ce premier jet qui pourrait m’occuper ces prochaines années.

 

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Cela m’a permis de relire l’excellent John Brinckerhoff Jackson, sans doute le meilleur lecteur des paysages américains. C’est un essayiste agréable à lire, excellent observateur et en plus très loin des constructions abstruses des universitaires qui sévissent en ce domaine. Il est assez peu connu dans le monde francophone mais légendaire chez les anglo-saxons. Un curieux personnage, homme de terrain d’abord et de réflexion ensuite. Il a été un des premiers à s’intéresser aux paysages ordinaires, aux maisons mobiles, roulottes, centres d’achats et rues commerciales ordinairement négligés par les nombreux bien pensants patrimonieux.

 

Pour lui, le paysage sert d’abord aux humains qui l’habitent et il en exprime les valeurs et leur évolution. Il est à son meilleur dans la description des milliers de petites villes ordinaires des USA telles qu’on les voit en auto. Un de ses meilleurs textes, The Stranger Path, raconte simplement le trajet que fait un étranger qui arrive dans une ville, ce qu’il voit et comment, en devenant résident, la relation de l’étranger au paysage et à la ville va évoluer.

 

 

John Brinckerhoff (Brink) Jackson, peu avant sa mort en 1996

 

Dans un de ses plus beaux textes, To pity the plumage and forget the dying bird, écrit au moment des émeutes raciales des années 1960, Jackson donne une belle leçon d’humanisme aux embellisseurs : la laideur  d’un lieu n’est pas qu’une affaire de goût mais de moyens. On peut détester la tôle et tous les matériaux cheap qui envahissent les villes et les campagnes ; mais on doit aussi comprendre qu’ils sont une affaire d’économie et de manque de moyens. D’éducation aussi. Et encore, à voir les superbungalows roses qui envahissent les banlieues chics, pas sûr que les riches aient tant de goût.

 

La grande leçon de Jackson est d’étudier les paysages pour ce qu’ils sont et non pour ce qu’ils devraient être. De le faire du point de vue de ceux qui les habitent. Sans prétention autre que d’être un éternel touriste sur la planète. Et de le faire en écrivant des textes simples, discrètement fouillés mais accessibles au grand public.

 

Je me souhaite de faire un doc selon ce modèle.

 

Note : On a commencé à traduire l’œuvre de Jackson en français chez Actes Sud et aux Éditions du Linteau comme je le découvre dans l’excellent blogue de Marc Chartier.  

 



2 Commentaires :

Commentaire crit le samedi 06 août 2005 à 21:13:02 (lien)
Msgoua
Merci :) et tiens pendant que j'y pense... Vous savez que j'ai déjà habité à coté de Chartierville ? C'est un village au nord de La Patrie où j'habitais.
Comme quoi.


Commentaire crit le samedi 06 août 2005 à 01:34:29 (lien)
Marc Chartier - http://surlaroutedesbatisseurs.hautetfort.com/
Je vous retourne le compliment. Votre commentaire, que j'apprécie bien évidemment, me permet de découvrir vos centres d'intérêt et la manière très circonstanciée avec laquelle vous les traitez. Le tout dans une écriture très fluide.
Bravo !


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