Les dits du magoua



Publi le jeudi 18 août 2005


Jeudi 18 août 2005

Bon débarras !

De retour après une belle vacance bloggueste où je me suis rendu compte que j’ai de très bonnes aptitudes à ne rien faire. On a pas manqué grand-chose coté médiatique, un vaste débat avorté des jeunes libéraux sur le vêtement des ados dans les écoles, une pseudo controverse inutile sur la nomination de la non moins inutile gouvernante générale. J’ai particulièrement savouré l’intervention de l’ex député bloquiste maintenant ministre fédéral Jean Lapierre sommant les souverainistes de s’excuser et de voler au secours des institutions monarchiques.  Et après on se demande pourquoi les gens se désintéressent de la politique.

 

***

 

 Pendant que chez Embruns et ailleurs on s’intéresse aux français qui s’expatrient hors de la trop vieille Europe, voilà qu’un ami (merci Gérald) attire mon attention sur un site consacré aux futurs expatriés québécois.  On trouve un peu de tout sur Quitter le Québec. Le ton est souvent très Fillionnesque ( ou Ixien ) on y dénonce en vrac la république socialiste du Québec, les syndicats, les artistes subventionnés de la clique du Plateau, les impôts, les taxes, le PQ, les référendums, nos routes dignes du tiers-monde (allez donc voir l’état des routes en Afrique…) bref il s’agit de quitter l’enfer socialiste québécois pour les verts pâturages albertains ou américains.

 

Le trop sédentaire géographe que je suis comprend tout à fait qu’on veuille bouger pour le plaisir de la chose. Je comprends aussi la frustration de ces jeunes qui se sentent brimés par l’omniprésence des lyriques. Je comprends aussi qu’on préfère un emploi à 25 $ de l’heure à Fort Mc Murray quand on en a au mieux 12 $ dans une shop de la Beauce. Que l’on quitte le Québec pour voir ailleurs n’est d’ailleurs pas nouveau, il y a à peu près un million de compatriotes qui sont allés travailler dans les usines de la Nouvelle-Angleterre plutôt que de survivre sur les terres de roches des zones de colonisation du 19e siècle, pendant que les plaines de l’Ouest nous ont été fermées.

 

J’ai une cousine qui habite Fort McMurray depuis 25 ans. Tous ses enfants sont revenus au Québec et elle attend la retraite de son mari pour y revenir. Ayant été malade, elle nous envie nos mauvais hôpitaux supérieurs, paraît-il, à ceux du paradis albertain. Profitez bien de votre emploi à 25$ de l’heure puisqu’une simple chambre y coûte 800$ par mois, dépôt de 1000$ non compris. Et je ne vous parle pas de ma tante de Los Angeles toujours heureuse de revenir à la civilisation à chacun de ses passages à Montréal ou à Québec.

 

Je suis loin de dire ou de penser que le Québec est un paradis. Paris ou New York rendent Montréal très provinciale. Il fait plus chaud en Californie ou en Floride. On peut sincèrement aimer les Etats-Unis même. Et il y a aussi ce lointain ancêtre Mathurin qui, en 1659, en a eu marre de la France et de Poitiers. Je quitterai peut-être aussi Sherbrooke un jour comme j’ai quitté Montréal il y a 25 ans. Tout simplement pour être mieux ailleurs.

 

Je ne sens toutefois pas le besoin de cracher stupidement dans la soupe avant de partir. Et à lire les arguments démagogiques des ixiens je ne peux pas faire autrement que dire bon débarras, ça fera moins de votes à Mario Dumont.