Les dits du magoua



Publi le mardi 23 août 2005


Mardi 23 août 2005

L'atelier du roman

Note: ce texte est daté du 20 août, ma clef usb ayant rendu l'âme.

 

Le temps est frais, le ciel gris et le trafic augmente à Sherbrooke. Tout concorde vers la rentrée. Remis le pieds hier à l’université pour la première fois depuis un mois et là aussi, on commence à s’activer. Deux cours cette session dont un que je donne pour la dernière fois. Va falloir me réorienter cet hiver. J’ai eu au moins le plaisir d’apprendre que mon mémoire de maîtrise est lu par les collègues profs qui en aiment bien la rédaction. On cherche un éditeur…

 

***

 

Mon excursion à l’université m’a permis au moins de mettre la main sur le dernier numéro de la revue l’Atelier du roman, que je connaissais de réputation sans l’avoir lue. Fait rare, cette revue littéraire  très parisienne est maintenant éditée à Montréal. Et, fait plus rare pour une revue littéraire, elle est écrite par surtout des écrivains, illustrée par le génial Sempé et, mieux encore, donne le goût de lire. Pour une première découverte, ce numéro était prometteur : une série de textes sous le thème industrie culturelle ou création. Cela promet et cela tient ses promesses

 

On le devine, les points de vues sont nombreux sur cette question. Cela va du mépris et du refus de l’industrie à la recherche du silence pour sortir du bruit de fond des industries culturelles. D’autres points de vues sont fatalistes Jacques Godbout craint que les romanciers ne soient plus lus que par leurs collègues comme les poètes le sont aujourd’hui ce qui serait, la fin de la culture humaniste et le début de l’ère technicienne. Il prend en exemple le sabordement de la chaîne culturelle de Radio-Canada incapable de trouver son public au profit d’une radio musicale qui en a trouvé un plus vaste. Il n’a pas tout à fait tort d’ailleurs, combien de fois ais-je pesté contre le ton volontairement hautain et snob de Jean Larose qui y rendait inécoutable son émission littéraire. On peut certes dénoncer la culture du pauvre mais on ne doit pas oublier qu’une radio, par définition, ne s’adresse pas qu’au seuls invités d’une émission. Et que ce n’est pas s’abaisser que de parler pour être compris.

 

Dans ce numéro, je ferais bien mienne la  contribution de Benoît Duteurtre qui ramène la chose à cette vieille dichotomie entre la culture d’élite et la culture de masse. Après avoir rappelé que des œuvres savantes savent trouver leur public (Mozart, Molière, Balzac), il trouve délicat de juger entre l’industrie culturelle brutale et la culture subventionnée, la première ne connaissant que la rentabilité et la deuxième devenant un refuge de coteries qui ignorent superbement les goûts du public. Il ajoute : «comme romancier je crois à mon rôle de ‘divertisseur’. Je n’ai aucun goût pour l’exploration solitaire de syntaxes nouvelles, dans une tour d’ivoire protégée des industries culturelles.» Il rejoint en cela ma vision de ce que doit faire un géographe universitaire : comprendre et faire comprendre.

 

Dans ce numéro, l’académicien Michel Déon termine sa contribution sur ces phrases d’épouvante : «Trouvant un terrain propice dans l’inculture générale née de la faillite quasi-totale de l’enseignement occidental, la culture d’état façonne lentement un monde à la pensée mécanisée. Privé de ses racines linguistiques, réduit le plus souvent à un parler frisant l’onomatopée, l’Homme est la proie facile d’un État-Moloch,. Autrefois les civilisations se savaient mortelles, maintenant elles collaborent à leur propre mort

Inquiétant oui, mais, bon, disons que l’annonce du décès de la civilisation occidentale est un peu prématurée.

Comme parfois hélas! sa prétention à en être une.

 

Pour ma part, je m'appliquerai cet automne à faire mentir le verdict de Déon sur l'éducation.

Ce n'est pas gagné d'avance.